Versus d'Antoine Chainas

Publié le par Parluisaud

versus.jpg          J'ai lu Versus de Chainas il y a plusieurs mois déjà. J'ai retrouvé quelques notes de cette lecture que j'avais partagée sur un forum. Je vous les livre ici, un peu améliorées.

          Nazutti, flic qui déteste l'ensemble du genre humain, et Andreotti, nouvelle recrue, enquêtent sur la disparition d'une gamine. Plongée dans les bas-fonds d'une ville de la Côte d'Azur, au coeur d'une écriture brutale, sans concessions à l'image de Nazutti, où se côtoient prostitution, pédophilie et SM.

          Je n'ai pas trouvé que c'était un bon polar, dans le sens où ce n'est pas l'intrigue qui reste, ni même, au cours de la lecture, l'envie d'accéder au dénouement. Mais c'est un bon roman. Très bon même. La fin - ce bon vieux dénouement donc - est tout à fait symptomatique de ce glissement de genre (mais faut-il aussi sans cesse diviser les romans noirs des autres romans ? Les uns seraient-ils moins "romans" que les autres ?) : le suspens est bâclé, les explications confuses (de ce point je préfère Fred Vargas). On sent que l'intérêt du roman n'est pas là, mais qu'il réside plutôt dans la galerie de personnages et surtout l'exploration de la noirceur humaine jusqu'à l'inhumain. Ce que j'ai aimé c'est la spirale vers l'insoutenable et l'horrible, la part maudite que le roman explore. Il m'a donné ce que je cherche dans ce genre de romans (et ce que je cherche aussi dans les films d'horreur, les premiers Wes Craven en tête) : l'inimaginable jusqu'à l'horreur, jusqu'au grotesque. J'ai vécu cette expérience de lecture comme ce que vit Andreotti lorsqu'il va chez Sarah, tenancière d'une maison des perversions sexuelles en tous genres : dégoûté mais fasciné, s'enfonçant plus loin dans lui-même jusqu'à se découvrir autre. C'est faussement mal écrit, ce qui témoigne d'une vraie maîtrise de la langue et participe à attraper le lecteur pour l'enfoncer un peu plus.

          C'est cependant un roman qui ne plaira pas à tout le monde, surtout si vous cherchez juste à passer un moment "policier". Mais pour un moment noir, y a pas mieux. C'est un roman qui parle à MA part maudite. Il y a certains épisodes qui ne sont pas crédibles, mais, à mon sens, ça fait partie de la stratégie du roman, à l'image des délires sur les moustiques que racontent Sarah à Andreotti - les piqûres d'une multitude de moustiques feraient partie d'un tout nouveau plaisir sexuel très tendance. Il ne s'agit pas de savoir ce qui relève du vrai ou du faux, du croyable ou de l'incroyable, mais plutôt de ce que chacun peut imaginer et jusqu'où peuvent aller nos propres représentations. 

               Un roman coup de poing où on apprend (ou pas) à soutenir l'insoutenable.


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Irrégulière 08/01/2011 16:14


moui... je ne crois pas que ce soit pour moi, déjà que je ne suis pas très "polar" à la base...


Parla 08/01/2011 17:12



En effet, je ne suis pas sûre que ça te plaise...