Just Kids de Patti Smith

Publié le par Parluisaud

Smith-Just-Kids-COV 147859c          Je pourrais faire comme Patti Smith et déchiffrer les signes envoyés par le monde. Finir Just Kids la veille de mes 28 ans et en écrire la première note pour ce blog le jour J pourrait alors résonner comme une impulsion, tant j'ai été touchée par ce récit.

 

         C'est en effet un des livres les plus émouvants que j'ai pu lire. On le commence comme une autobiographie, avec curiosité, et on l'achève comme un roman, emporté par la force des personnages. Patti (Smith) et Robert (Mappelthorpe) ont existé, existent, sont réels, elle chanteuse de rock, lui photographe emporté par le Sida. Et c'est d'abord cela qui m'a attirée dans cette lecture : parcourir New York de la fin des années 60 à la fin des années 70 avec pour guide Patti Smith. Je suis un autre Dante, elle est un autre Virgile. De Patti Smith, je ne connaissais que ses cheveux longs, Because the night et sa reprise de Smells like Teen Spirit. Autrement dit, rien. De Robert Mappelthorpe, je savais plus de choses, car j'ai découvert son travail photographique que j'ai aimé immédiatement il y a 10 ans. Mais Patti m'a emmenée plus loin dans leur parcours initiatique commun - que j'ignorais - dans l'art et la création, chemin constellé de présages, de rencontres, de lieux et surtout d'optimisme. La force de Robert et Patti, leur foi en l'art, leur foi dans leur relation exceptionnelle, unique, sont immenses et viennent bousculer le lecteur, sont venues réveiller chez moi le désir de créer comme seule chose valable, véritable, vénérable. Histoire d'amour, d'amitié, de création, de confiance, ce récit élève Patti et Robert au rang d'icônes. A moins que ce ne soit l'inverse et que la puissance mythique de ceux qu'ils ont admirés, de ceux qu'ils admirent ne se soit incarnée en eux. 

 

         La fin donne à lire les plus belles pages de la littérature sur la mort et la perte d'un être aimé. Robert a existé, on sait donc dès le début, avant même d'ouvrir le livre, qu'il va disparaître. Mais son énergie folle, que rend si bien Patti, nous fait croire que sa mort est impossible, qu'il ne va pas quitter ces pages. L'écriture de Patti Smith atteint à ce moment-là l'intensité extrême dans la pudeur qu'elle ne cesse de montrer dans l'ensemble du récit. Retenue, concentrée, intériorisée, sa langue va à l'essentiel, dans le sens où elle prend l'essence poétique de la vie.

 

         Je connaissais peu Patti Smith avant cette lecture. J'ai maintenant l'impression d'une projection modulée d'une part de moi-même. Comme dans les romans, je n'ai pu m'empêcher de m'identifier à elle. Peut-être parce que comme elle j'aime les hommes aux cheveux de berger. Et Rimbaud. Et Genet. Son récit est semblable à l'une de ses visions après la mort de Robert : 

" Soudain, je l'ai vu, j'ai vu ses eux verts, ses boucles brunes. J'ai entendu sa voix par-dessus le cri des mouettes, le rire des enfants et le grondement des vagues."

Le récit est entièrement parcouru par la puissance des visions et l'importance du regard : "Rien n'est terminé tant que tu ne l'as pas vu", "Personne ne voit comme toi et moi" dit Robert à Patti. Voir, c'est croire. Et en fermant le livre, apparaissent Patti et Robert, silhouettes échappées des photographies reproduites, mais surtout voix, énergies ravivées par les mots de Patti. Les gamins deviennent un nouveau mythe littéraire qui nous hante.

 

          On ne lit pas Just Kids pour apprendre, en curieux, des choses sur une époque ou des artistes. On lit Just Kids pour être bouleversé d'amour, de beauté, d'art, de vie.

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